Le temps d'une éternité
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______Le soleil n'était apparu que depuis quelques minutes que deux silhouettes silencieuses approchaient déjà du Jardin des Songes, lentement, gracieusement. Leurs pieds foulaient à peine le sol et une douce sérénité émanait de leur seule présence. Les deux Eternels s'étaient arrêtés auprès d'une ombre fragile et immobile, recroquevillée et sans défense. Sans un mot, ils se recueillaient, emplis de respect. Puis, l'un d'eux prononça quelques mots. Deux mots.
______« C'est étrange.
______-Quoi donc ?
______-Elle continue de pleurer... »
______Un silence. Tous deux observaient attentivement cette forme noire, prostrée, comme à la recherche d'une quelconque consolation qui ne venait plus, et la surprise les gagna. Ce fut l'autre Eternel qui prit la parole.
______« Cela fait pourtant si longtemps !
______-Oui. Un an. Jour pour jour...
______-Que fait-on ?
______-Daëyann. »
______Nouveau silence. L'Eternel qui avait parlé en second recula lentement, puis tourna le dos à son compagnon avant de s'éloigner et de s'évanouir dans la brume matinale.
______Les Fleurs des Rêves s'ouvraient peu à peu, libérant lentement leurs fragrances envoûtantes et les songes des Dormeurs, récoltés pendant la nuit passée. Les Etoiles de Lune, elles, rétractaient doucement leurs pétales délicats sous la chaleur des premiers rayons de soleil, se refermant sur elles-mêmes et se soustrayant au regard de leurs admirateurs et adorateurs. Les Etoiles de Lune étaient les fleurs préférées des Eternels, fascinés par leur faculté à capturer la beauté des étoiles et à l'emprisonner en leur c½ur.
______L'Eternel ne bougeait toujours pas, sa respiration se fondait dans le souffle léger du vent. Il ne prêtait aucune attention aux autres Eternels, qui venaient eux aussi, comme chaque fois que la nuit déclinait, se recueillir quelques instants et partager les rêves des Dormeurs, eux aussi éternels. Le regard dans le vague, Saëyell attendait, et se rappelait...
______Elle avait été si jeune... tout, elle avait tout eu... mais elle avait été amoureuse, elle avait trop aimé... on ne peut pas aimer quand on est un Eternel. La statue conservait tous ses traits, sa beauté, sa personnalité... mais son âme continuait de s'échapper... continuellement... de s'écouler lentement de son regard... si triste... de ses yeux éteints perlait encore et toujours son amour, alors qu'ils le fixaient encore... lui... son unique... par-delà le temps... C'en devenait déchirant tellement leur amour avait été beau...
______« Elle pleure à nouveau, pas vrai ?
______-Oui. Elle pleure...
______-Le contraire m'aurait étonnée. »
______Daëyann était arrivée, élégante et furtive, comme à son habitude, son mari la suivait silencieusement, ombre docile emplie de fierté et d'amour.
______« Comme vous je n'en attendais pas moins d'elle.
______-Vous vous y attendiez tous les deux ? Mais, pourquoi ?
______-Elle n'était pas comme nous.
______-Non. Elle était bien plus... »
______Un épais silence s'installa, respectueux et mélancoliques ils lui rendaient hommage. Le vent chuchota à leur oreille l'arrivée de nombreux autres Eternels, venus admirer l'impossible. Ils affluaient de toutes parts, murmurant leur étonnement avant que le silence ne s'impose, apportant beauté et respect à cet instant magique, puis un silence encore plus pesant, le silence d'Eternels muets qui se recueillaient, qui se remémoraient ce souffle de vie qui s'était éteint comme une larme qui s'écrase sur le sol, merveilleusement éphémère...
______Les Eternels s'activaient toute la journée, tous s'appliquaient à préparer de leur mieux la fête qui aurait lieu le soir même. La cérémonie improvisée devait être somptueuse, à la mesure de l'événement. Livaën supervisait les préparatifs, mais il manquait un Eternel, en plus de Daëyann.
______« Pourquoi pleure-t-elle encore ? Les Dormeurs ne peuvent plus pleurer !
______-La beauté de ce miracle demeure dans ce qu'il a de mystérieux.
______-Comment pouvais-tu te douter que cela arriverait si tu ne sais pas pourquoi ?
______-Une intuition... tu comprendras.
______-J'ai une autre question.
______-Je le devine à ton regard Saëyell...
______-Pourquoi ses larmes sont-elles dorées ? Elles devraient être grises, comme la Perle de la Vie !
______-Un miracle de plus à celui que nous célébrons déjà... »
______Daëyann s'éloigna de Saëyell pour aller aider son mari à organiser la fête. Saëyell ne bougeait pas. Elle observait silencieusement les larmes couleur de feu rouler sur les joues délicates de la statue, laissant derrière elles un sillage d'or et de douleur.
______« Maman...
______-Oui Saëyell ?
______-Ils me manquent.
______-Oui. Ils me manquent aussi... »
______Daëyann disparut dans le Jardin des Songes, laissant Saëyell seule avec sa tristesse.
______Sous les étoiles, les Eternels rendirent hommage à la Dormeuse aux larmes dorées et à son amour. Toute la nuit, ils se rappelèrent ses exploits et la remercièrent pour tout ce qu'elle avait fait.
______Cette fête mémorable eu pour nom Les Lacrimaëlls de Feu, et tous les ans, le même jour, le miracle avait lieu à nouveau, ainsi que la fête qui s'ensuivait.
______On célébrait celle qui était morte par amour, et qui aimait encore.
______« C'est étrange.
______-Quoi donc ?
______-Elle continue de pleurer... »
______Un silence. Tous deux observaient attentivement cette forme noire, prostrée, comme à la recherche d'une quelconque consolation qui ne venait plus, et la surprise les gagna. Ce fut l'autre Eternel qui prit la parole.
______« Cela fait pourtant si longtemps !
______-Oui. Un an. Jour pour jour...
______-Que fait-on ?
______-Daëyann. »
______Nouveau silence. L'Eternel qui avait parlé en second recula lentement, puis tourna le dos à son compagnon avant de s'éloigner et de s'évanouir dans la brume matinale.
______Les Fleurs des Rêves s'ouvraient peu à peu, libérant lentement leurs fragrances envoûtantes et les songes des Dormeurs, récoltés pendant la nuit passée. Les Etoiles de Lune, elles, rétractaient doucement leurs pétales délicats sous la chaleur des premiers rayons de soleil, se refermant sur elles-mêmes et se soustrayant au regard de leurs admirateurs et adorateurs. Les Etoiles de Lune étaient les fleurs préférées des Eternels, fascinés par leur faculté à capturer la beauté des étoiles et à l'emprisonner en leur c½ur.
______L'Eternel ne bougeait toujours pas, sa respiration se fondait dans le souffle léger du vent. Il ne prêtait aucune attention aux autres Eternels, qui venaient eux aussi, comme chaque fois que la nuit déclinait, se recueillir quelques instants et partager les rêves des Dormeurs, eux aussi éternels. Le regard dans le vague, Saëyell attendait, et se rappelait...
______Elle avait été si jeune... tout, elle avait tout eu... mais elle avait été amoureuse, elle avait trop aimé... on ne peut pas aimer quand on est un Eternel. La statue conservait tous ses traits, sa beauté, sa personnalité... mais son âme continuait de s'échapper... continuellement... de s'écouler lentement de son regard... si triste... de ses yeux éteints perlait encore et toujours son amour, alors qu'ils le fixaient encore... lui... son unique... par-delà le temps... C'en devenait déchirant tellement leur amour avait été beau...
______« Elle pleure à nouveau, pas vrai ?
______-Oui. Elle pleure...
______-Le contraire m'aurait étonnée. »
______Daëyann était arrivée, élégante et furtive, comme à son habitude, son mari la suivait silencieusement, ombre docile emplie de fierté et d'amour.
______« Comme vous je n'en attendais pas moins d'elle.
______-Vous vous y attendiez tous les deux ? Mais, pourquoi ?
______-Elle n'était pas comme nous.
______-Non. Elle était bien plus... »
______Un épais silence s'installa, respectueux et mélancoliques ils lui rendaient hommage. Le vent chuchota à leur oreille l'arrivée de nombreux autres Eternels, venus admirer l'impossible. Ils affluaient de toutes parts, murmurant leur étonnement avant que le silence ne s'impose, apportant beauté et respect à cet instant magique, puis un silence encore plus pesant, le silence d'Eternels muets qui se recueillaient, qui se remémoraient ce souffle de vie qui s'était éteint comme une larme qui s'écrase sur le sol, merveilleusement éphémère...
______Les Eternels s'activaient toute la journée, tous s'appliquaient à préparer de leur mieux la fête qui aurait lieu le soir même. La cérémonie improvisée devait être somptueuse, à la mesure de l'événement. Livaën supervisait les préparatifs, mais il manquait un Eternel, en plus de Daëyann.
______« Pourquoi pleure-t-elle encore ? Les Dormeurs ne peuvent plus pleurer !
______-La beauté de ce miracle demeure dans ce qu'il a de mystérieux.
______-Comment pouvais-tu te douter que cela arriverait si tu ne sais pas pourquoi ?
______-Une intuition... tu comprendras.
______-J'ai une autre question.
______-Je le devine à ton regard Saëyell...
______-Pourquoi ses larmes sont-elles dorées ? Elles devraient être grises, comme la Perle de la Vie !
______-Un miracle de plus à celui que nous célébrons déjà... »
______Daëyann s'éloigna de Saëyell pour aller aider son mari à organiser la fête. Saëyell ne bougeait pas. Elle observait silencieusement les larmes couleur de feu rouler sur les joues délicates de la statue, laissant derrière elles un sillage d'or et de douleur.
______« Maman...
______-Oui Saëyell ?
______-Ils me manquent.
______-Oui. Ils me manquent aussi... »
______Daëyann disparut dans le Jardin des Songes, laissant Saëyell seule avec sa tristesse.
______Sous les étoiles, les Eternels rendirent hommage à la Dormeuse aux larmes dorées et à son amour. Toute la nuit, ils se rappelèrent ses exploits et la remercièrent pour tout ce qu'elle avait fait.
______Cette fête mémorable eu pour nom Les Lacrimaëlls de Feu, et tous les ans, le même jour, le miracle avait lieu à nouveau, ainsi que la fête qui s'ensuivait.
______On célébrait celle qui était morte par amour, et qui aimait encore.
Le Temps D'Une Eternité © | 2008 | Tous droits réservés
Le dessin est de moi et illustre ce premier chapitre.



